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4ème dimanche de carême 31/03/19

Laetare – La multiplication des pains

Jean 6 (1-15)

 

Que nous apprend la multiplication des pains ?

Nous avons une longue tradition et de nombreux écrits pour nous aider à comprendre ce que fait le Christ à ce moment-là. Nous savons tous qu'il s'agit d'une préfiguration de l'Eucharistie.

Nous pouvons aussi y voir, par extension, une préfiguration de la liturgie ; c'est aussi un écho à Cana où le Christ changea l'eau en vin.

 

Une foule est là, qui écoute le Christ et le suit ; un ensemble d'anonymes qui a soif de merveilleux. C'est déjà un miracle en soi, qu'une personne puisse autant guérir et apporter des consolations ; c'est merveilleux de ne plus être abandonné à sa misère quand l'élite du pays a démissionné et s'est donnée à l'occupant romain. Cette foule qui le suit depuis plusieurs jours, a épuisé ses réserves et n'a plus rien pour se rassasier, mais elle espère que ce doux Rabbi aux mains miraculeuses fera quelque chose, sinon, déçue, elle le laissera.

Les disciples ont compris la pénurie qui guette cette foule, ils s'en rendent compte. Le Christ, lui, le sait. D'où ce dialogue entre le Christ et Philippe. Contrairement aux synoptiques qui décrivent un dialogue initié par les apôtres, Jean mentionne simplement la question que le Christ pose à Philippe.

Certaines traductions disent que le Christ tenta Philippe. Tenter ou éprouver sont les deux sens du même mot en grec. Gardons éprouver ou mettre à l'épreuve, car ici on introduit une prise de conscience d'une réalité à laquelle on est confronté. Une tentation n'est pas nécessairement une réalité, alors qu'une épreuve s'inscrit dans la chair et finit, qu'elle qu'en soit l'issue, par faire corps avec la personne.

« Où pourrions-nous acheter du pain pour que ces gens aient à manger ? » C'est presque une provocation, tout le monde a bien vu qu'il n'y a rien aux alentours. En fait, il s'agit de faire comprendre à Philippe et aux apôtres que ce qui nourrit, n'est pas quelque chose qui s'achète, mais se donne. Si Philippe avait assisté à la conversation du Christ et de la Samaritaine, il aurait peut-être compris ce qu'était le don de Dieu,car c'est bien de ce don qu'il s'agit.Mais Philippe était parti dans cette ville de Samarie pour acheter de la nourriture.

Oui, le premier enseignement de ce texte, c'est la notion de don. Elle se renforce et monte en puissance par la présence d'un enfant qui possède 5 pains et 2 poissons. Des pains d'orge, le pain de pauvres. On ne les lui prend pas, il les donne. Et parce qu'au départ il y a don, alors il peut y avoir multiplication. Parce que la créature a fait un geste, alors le Créateur abonde. N'est fécond que ce qui est offert ; ce qui est gardé par devers soi est stérile, ce qui est retenu empêche la vie de s'écouler, de se répandre, de féconder et se voue à la mort.

Gratuité d'un seul, satiété pour tous. Ceux qui ont profité de cette multiplication, ont-ils compris ce qui se passait ? Il faudra plus tard que le Christ dise lui-même qu'il est le Pain de Vie, mais une fois de plus bien peu comprendront. Ils ont été rassasié, il ont encore eu du merveilleux comme ils l'aime et cela leur suffit dans l'immédiat ; pourtant certains pensent, quel formidable roi d'Israël cela ferait! La tentation magique est toujours là.

Le Christ a refusé de transformer des pierres en pain au désert, ici il refuse de faire quoi que ce soit que l'homme ne lui propose . Sans cet enfant et son maigre avoir, il n'y aurait sans doute pas eu ce miracle.

On a beaucoup écrit, et fort peu de fois, d’heureuse manière sur ces chiffres qui font le plaisir des numérologues, 5000, 12, 5, 2, . L'abondance de cette littérature nous apporte peu de chose et bien souvent nous détourne de l'essentiel. Retenons cependant le 12 qui par sa rondeur, sa résonance nous apporte une plénitude ; c'est le double des 6 jarres de Cana . A Cana Marie dit « ils n'ont plus de vin », ici, « il n'y a que 5 pains d'orge et 2 poissons » A Cana les invités ont soif, ici ils ont faim. Aucun de ceux de Cana ou d'ici ne peuvent mettre un nom sur leur besoin. Il leur faudra attendre la Pentecôte pour identifier ce désir de nourriture spirituelle. Ils ont soif et faim de Dieu, mais ils ne le savent pas encore.

Jean est le seul, dans ce récit à rapporter cet ordre du Christ : « Rassemblez les morceaux qui restent afin que pas un ne soit perdu » ; il n'est pas ici question de gaspillage de nourriture mais de gaspillage de vie. Dans sa prière sacerdotale, le Christ pourra dire à son Père «  De tous ceux que Tu m'as donné, je n'en ai perdu aucun ». Ces 12 corbeilles et les restes qu'elle contiennent représente la Nouvelle Israël. L'ancienne Alliance accueillant la gentilité pour devenir la Nouvelle Alliance.

Quand nous célébrons les Saints Mystères, nous sommes dans la même dramaturgie que celle de la multiplication des pains, dramaturgie qui aura son expression la plus élevée dans la Sainte Cène où le don sera encore plus grand et plus parfait.

J'invite chacun de nous, en ce temps de carême, à secouer le poids de l'habitude, à regarder, à épurer cette faim et cette soif de Dieu, à faire comme Philippe poussé par l'interrogation du Christ, à mettre à jour ce questionnement intérieur.

Je vous invite à prendre conscience de cette fragmentation que nous sommes du Corps Mystique, à éprouver l'authenticité de notre désir d'être ces morceaux rassemblés en un seul Corps et dont pas un seul ne doit être perdu.

 

A note Dieu, soient louanges, gloire et adoration aux siècles des siècles.

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